
- Date de Parution : 20/10/2010
- Collection : Histoire de la Pensée
- Prix public TTC : 21,90 €
- Code ISBN / EAN : 9782213651347 / hachette : 3602919
- Format (153 x 235)
- Nombre de pages : 396
De notre humanité. D'Aristote aux neurosciences, de Francis Wolff
Au fil d'un parcours ambitieux et dramatisé, le philosophe met au jour les visions de l'homme qui ont rythmé l'histoire de la pensée.
01_Quatre grandes figures
« Qu'est-ce que l'homme ? » Si la question est vertigineuse, les réponses ne sont pas infinies. Francis Wolff en identifie quatre, nommées« figures » : celle de l'homme antique, ou « animal rationnel », forgée par Aristote et qui a perduré 2 000 ans. Celle de l'homme classique, « substance pensante unie à un corps », que Descartes élabore au XVIIe siècle. Celle de l'homme structural, ou « sujet assujetti, illusionné, déterminé » des sciences humaines, dont l'histoire débute au XIXe siècle et atteint son point culminant avec Les Mots et les Choses (1966) de Michel Foucault. Celle, enfin, de « l'homme neuronal », selon l'expression empruntée au livre éponyme (1983) du neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, c'est-à-dire l'homme renaturalisé, l'homme « animal comme les autres » des sciences naturelles, en passe de devenir le modèle explicatif dominant de notre humanité.
02_Attraits et dangers
Pourquoi avoir choisi ces quatre figures ? Parce qu'elles suffisent à rendre compte de ce que notre humanité a créé de meilleur, mais aussi de ce qu'elle a fait de pire. Si « l'animal rationnel » d'Aristote a servi à fonder les sciences naturelles de l'Antiquité (zoologie et cosmologie), il a aussi permis de rationaliser la domination des Grecs sur les barbares, puis la colonisation des Européens sur le monde. En faisant de l'être humain une « substance pensante », un cogito, Descartes a certes rendu possible la science moderne (mathématique et mécanique), mais il a aussi transformé l'homme en un être incapable de traiter la nature et les animaux avec dignité, ceux-ci étant privés de pensée, donc de valeur. Et « l'homme structural » des sciences humaines, en mettant au jour les structures aveugles qui asservissent l'humanité (l'économie, la société, l'inconscient, le langage, etc.), n'est-il pas celui au nom duquel les régimes totalitaires ont justifié leur entreprise de domination, en affirmant ne vouloir au fond que son émancipation et son bonheur ? Quant à « l'homme neuronal », aussi ambitieux que puisse être son projet d'expliquer toutes les pensées et actions humaines par le seul fonctionnement du cerveau, il laisse ouverte la possibilité d'assimiler l'homme à une machine ou à une bête.
03_Un homme universel ?
Peut-on finalement décrire l'homme à l'aide de valeurs universelles échappant aux polémiques pro- ou antihumanistes ? Oui, répond l'auteur, à condition de le définir comme l'être doué du langage. Au terme de ce périple, c'est donc la figure d'Aristote qui a la préférence de Wolff : l'humanité est « la communauté de tous ceux qui peuvent se parler et qui sont égaux en tant que parlants ».
Jonathan Chauveau
Francis Wolff / De notre humanité. D'Aristote aux neurosciences / Fayard / 396 p. / 21,90 €
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