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jeudi 14 octobre 2010

« Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très Haut, pourtant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme les princes. » (Psaume 81)





Le testament du P. Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine



Christian de Chergé, prieur du monastère trappiste de Tibhirine, a été enlevé et assassiné avec sept de ses frères le 21 mai 1996. En 1994, il avait laissé à sa famille ce "testament spirituel" prémonitoire.

F. Christian de Chergé

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. 

Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?
Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes laissées dans l'indifférence de l'anonymat. Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. 

J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. 

C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre" que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. 

L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : "qu'il dise maintenant ce qu'il en pense !". Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui Ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. 

AMEN ! Inch'Allah.
Alger, 1er décembre 1993 Tibhirine, ler janvier 1994
  

Des hommes et des dieux : Fraternité à l'état pur (Arnaud Schwartz, La Croix)

      

« Des hommes et des dieux », la fraternité à l’état pur


Grand prix du jury au Festival de Cannes, cette évocation de la vie et de l’engagement des moines de Tibhirine est un grand moment de cinéma

Michael Lonsdale et Sabrina Ouazani. Le film met en scène le quotidien des moines, proche des Algériens (Why not production).
DES HOMMES ET DES DIEUX, de Xavier Beauvois
Film français, 2 heures

Le sujet était sensible, le thème ambitieux et profond : la démarche promettait d’être ardue. Étienne Comar (initiateur du projet, scénariste, coproducteur) et Xavier Beauvois (réalisateur) n’ont pas choisi la facilité en évoquant à l’écran la vie des moines de Tibhirine, enlevés puis assassinés au printemps 1996 en Algérie. Avant le dévoilement du film, en mai dernier à Cannes, certains redoutaient qu’il y soit question des circonstances troubles de la disparition des religieux, de les voir otages d’une vaine polémique, après avoir été ceux du terrorisme et des islamistes.


Rien de tout cela dans Des hommes et des dieux. Simplement – si l’on peut dire –, la vie humble de frères cisterciens, vivant l’aventure de la foi en terre d’islam, au plus près des habitants du petit village tout proche, dans un pays peu à peu livré à la violence de la guerre civile. Situé entre 1993 et la date de leur enlèvement, le film met en scène la petite communauté dans la réalité de son quotidien, au rythme des tâches de la vie monastique, dépeinte avec authenticité grâce aux conseils d’Henry Quinson.

Appréhender la foi et les motivations de ces moines

Entre travaux manuels et célébrations, repas silencieux et temps de prière – sans parler des soins dispensés par le précieux Frère Luc, médecin de 82 ans tout entier absorbé par sa mission –, le film révèle l’esprit de Tibhirine en même temps qu’il dévoile l’objet de sa quête.


Des hommes et des dieux ne se contente pas de décrire, mais cherche à appréhender, dans le respect du mystère de la foi, les motivations profondes de ces hommes de paix, de plus en plus exposés, conscients de la menace et incités à partir, refusant de prendre partie entre les « frères de la montagne » (les terroristes) et les « frères de la plaine » (les militaires), soucieux de rester proches du village avec lequel des liens forts s’étaient créés.


Le nœud du film tient en une question : faut-il rester ou partir ? La grande richesse de cette œuvre magnifique est de laisser lentement se déployer la réponse jusqu’à une forme d’évidence individuelle et collective. Une évidence du cœur, pleine de cette densité venue des profondeurs, nourrie d’un ébranlement intérieur et d’un cheminement douloureux qui en font toute la valeur.


Les scènes très fortes de réunions de chapitre, où chaque moine, à sa manière, livre son désarroi ou sa conviction, font surgir sans grands discours toute la complexité humaine, religieuse et morale de ce qui fut accompli. Méditations, psaumes et chants liturgiques accompagnent ce lent mûrissement, cette progression bouleversante vers un martyre envisagé avec lucidité mais pas recherché, que vient éclairer la lecture du testament du P. Christian de Chergé.

Les acteurs se donnent sans retenue à leur personnage

Après Nord (1992), N’oublie pas que tu vas mourir (1995, prix Jean-Vigo, prix du jury à Cannes), Selon Matthieu (2000) et Le Petit Lieutenant(2005), tous deux sélectionnés à la Mostra de Venise, Xavier Beauvois laissait entrevoir l’image d’un cinéaste exigeant, instinctif, généreux, posant sur l’âpreté du réel un regard sans concession, tout en laissant apparaître la fragilité et la richesse de personnages en quête de rédemption.


Avec Des hommes et des dieux – titre inspiré du psaume 82 (1) –, le réalisateur magnifie son art en le tirant davantage encore vers la sobriété. L’acteur qu’il est par ailleurs (pour Jacques Doillon, Philippe Garrel, André Téchiné ou Benoît Jacquot…) a su parfaitement s’appuyer sur le talent de ses comédiens, à qui il n’a pas hésité à demander quelques improvisations mémorables. Comme celle, lumineuse, où Frère Luc (Michaël Lonsdale) parle de l’amour à une jeune villageoise. Ou celle, terrible, livrant un Frère Christophe (Olivier Rabourdin) au doute et à la peur, seul dans sa cellule.


De Lambert Wilson (dans le rôle du P. de Chergé) à Jean-Marie Frin (Frère Paul), de Jacques Herlin (Frère Amédée, qui échappa à l’enlèvement avec Frère Jean-Pierre) à Olivier Perrier (Frère Bruno, qui ne vivait pas à Tibhirine mais s’y trouvait le jour du rapt), tous se sont donnés sans retenue à leurs personnages.

Une œuvre universelle

Tourné au Maroc au mois de décembre 2009, dans la région d’Azrou, le film baigne dans les lumières de l’hiver dans l’Atlas, vibrantes et pâles comme l’espérance, que la directrice de la photographie, Caroline Champetier, a su exploiter à merveille. D’autres fidèles du réalisateur, comme le décorateur Jean-Michel Barthélémy (César du meilleur décor pour Le Prophète de Jacques Audiard) ou l’ingénieur du son Jean-Jacques Ferran, ont contribué à donner au film toute sa force, sa beauté et son ample respiration.


On craint toujours, par excès d’éloge, d’ôter au spectateur une parcelle de l’émotion ressentie devant une œuvre rare. Il faut pourtant bien dire que Des hommes et des dieux en est une, pleine d’une substance universelle, qui interpelle bien au-delà des convictions religieuses. « Qu’est-ce qu’être humain ? Qu’est-ce qui nous fait hommes ? », s’interroge Lambert Wilson, très marqué par l’expérience. Ces moines trébuchant dans la neige et disparaissant dans le brouillard, entourés de leurs ravisseurs, n’ont pas fini de nous accompagner.


Arnaud SCHWARTZ
(1) Et plus particulièrement de ces versets : « Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très Haut, pourtant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme les princes. »

mardi 12 octobre 2010

Des hommes et des dieux : les critiques de la presse.

http://www.allocine.fr/film/revuedepresse_gen_cfilm=56826.html#pressreview19834138

La véritable histoire des moines de Tibéhirine : le récit de Florence Aubenas

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/documents/100168/la-veritable-histoire-des-moines-de-tibehirine.html

Des hommes et des dieux : le dossier presse de La Croix

http://la-croix.com/dossiers2/sommaire.jsp?docId=2438100&cat=7783

Sortie au cinéma : jeudi 14 octobre à 9h10 au Cinéville

Organisation :
  • La sortie au cinéma aura lieu jeudi 14 octobre 2010. Tous les élèves de terminale assistent à la séance au Cinéville (Lorient centre).
  • Le rendez-vous au cinéville est fixé à 9h10 (séance de 9h30 à 11h30).
  • Pointage obligatoire des élèves à 9h10 et 11h30 par le professeur accompagnateur.
  • Aller et retour des élèves par leurs propres moyens (contacter Mme Duportail si vous rencontrez des problèmes pour le transport).
Professeurs accompagnateurs :
  • TSA : M. Loiseleur
  • TSB : M. Quéniart
  • TGE : Mme Le Merrer
  • TGEN : M. Le Bail
  • TGM : Mme Le Coeur